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Racontez-nous un peu qui est Jac Barron
Je suis un « self made man ». Pour un Français, c’est amusant, mais c’est l’expression qui se rapproche le plus de ma réalité. Tout d’abord, je me nomme bien Jacques Barron, dit Jac Barron. Je suis né dans les Deux-Sèvres. … À douze ans, je lisais « Christine » de Stephen King, « Shining », « Marche ou crève »… À moi, il me semblait que la vie était plus vraie en dehors des lycées. Je voulais découvrir le monde et les gens grâce à la vie, plutôt qu’à travers les… livres scolaires!! Dès l’âge de 18 ans, je décide de prendre ma vie en main. Mes parents se sont d’abord montrés réticents, ce qui peut se comprendre, mais vu ma détermination, ils ont fini par accepter mon départ. J’ai trouvé un emploi au restaurant Drouant à Paris. Tout en travaillant, je passe en candidat libre et obtiens un CAP de serveur de salle de restaurant. L’autonomie m’enthousiasme. Je découvre la vie : la sexualité, les galères, les fêtes aussi. Je découvre les films, puis les romans, de toutes sortes. Je travaille dans l’événementiel, pour les décors de tournages de films publicitaires, puis, après une année d’armée à la Gendarmerie, je travaille au Virgin sur les Champs-Élysées. Plus tard je rencontre Bertrand Le Page dans un restaurant. C’est un manager très connu qui devient mon meilleur ami. Il est découvreur de talents de cette époque : Axel Bauer, Jackie Quartz, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Il possède aussi l’art d’être hystérique avec un verbe cinglant. Il est fauché, perdu, seul, alcoolique et autodestructeur, un homme qui n’arrive pas à supporter le manque. Je n’oublierai jamais Bertrand. Il croyait que j’étais un chanteur, mais il se rend finalement à une évidence que je connaissais déjà : « Tout ça, Jac, tout ce que tu vis, c’est pour écrire ! Je me suis fait avoir ! » (Et il riait). Au moins, il a compris pourquoi je refusais de chanter! Je commence un atelier d’écriture et je découvre mon désir profond : écrire ! Alors là , tout démarre. Je reprends des études, via le CNED, et obtiens le Bac études section littéraire. J’enchaîne avec des études en criminologie que je poursuis encore. J’écris des nouvelles… que je mets en ligne sur Internet. Un midi, j’apprends le suicide de Bertrand Le Page. Il l’a fait symboliquement, un jour avant la sortie de l’album « Innamoramento » de M. Farmer. Je me sens seul, il me manque beaucoup à cette époque; cependant, paradoxalement je n’arrive pas à  aller à son enterrement en Bretagne. Je n’y suis parvenu que deux ans plus tard. Je continue de travailler, d’écrire… Après une rupture affective, j’entame un travail psychanalytique chez un lacanien et réorganise tout mon désir. J’arrête de fumer, et l’argent que je dépensais pour les cigarettes, je l’investis dans un atelier d’écriture. À la fin d’un contrat bien rémunéré, ayant mis de l’argent de côté, je me suis dit : « Lance-toi, écris un roman en entier, tu en es capable. » Je rencontre Dominique Devillard qui se propose pour faire les corrections, lectures et relectures de mon travail. Je suis heureux. Le projet de « La Trilogie des Pulsions© » est né. Le roman « Les Cicatrices » est écrit. Je le fais lire à un metteur en scène avec lequel je travaille sur la réécriture de pièces de théâtre, pour avoir son avis. Puis lui-même le prête à l’actrice Evelyne Bouix qui demande à me rencontrer rapidement… Actuellement, je travaille de nuit sur le Centre des Relations Clients des Taxis G7, une entreprise très dynamique et saine, ce qui me laisse le temps en journée pour enquêter, écrire, travailler sur la Trilogie des Pulsions© et autres futurs projets… L’équilibre est stable, vif, très productif avec ces deux métiers.
Votre livre rencontre un franc succès, il n'y a qu’à lire les commentaires de vos lecteurs sur TBE. Comment appréhendez-vous ce succès naissant ? Cela vous met-il la "pression" pour la suite ?
Cela me touche bien plus que ça ne me met la pression. Cette dernière, je la ressens sans arrêt lorsque j’écris. Je crois avoir été un lecteur et un observateur assidus avant même de devenir écrivain. Je me rappelle certains romans achetés récemment qui commençaient vraiment bien et dont la fin était totalement bâclée, la chute complètement alambiquée… Je me suis juré que je ferais toujours en sorte que ça n’arrive jamais dans mon travail. J’aime soigner les « fins », les chutes. Ce travail est pour moi aussi important que l’intrigue et le psychisme des personnages. J’aime me surprendre, me faire peur aussi, dans ce que j’écris. Je pars à la découverte. Je laisse faire les personnages, je les laisse évoluer autour d’une intrigue précise. Je suis sincèrement heureux d’avoir réussi le challenge d’écrire « Les Cicatrices », un roman très sombre, mais à la trame humaine. Une histoire qui traite de beaucoup de sujets dont un certain nombre de tabous. Mais ce qui est encore mieux pour moi, c’est que le roman est lu et apprécié par un nombre grandissant de lectrices et de lecteurs. C’est quelque chose de très intime, de très intense, qui opère en retour de tout mon travail d’écriture. Ça confirme la pertinence de ce que je fais : j’écris tous les jours pour être lu par des lecteurs !!! Je dois le respect à cette alchimie. Ça passe par la pression de la qualité d’écriture au service d’histoires inattendues, d’images prégnantes, des flips et sursauts, des dénouements, de la réflexion, du plaisir et des déclics. Il y a un travail et ses conséquences. Si les conséquences ne me conviennent pas, alors il faut que je change ma façon de travailler ou l’améliorer… Les critiques des lecteurs sont les meilleurs indices ! Finalement, choisir le métier d’écrire, c’est, implicitement, accepter les pressions.
Horreur, psychologie fine, enquête… L’effroi et, parallèlement, l’engouement que vous suscitez chez vos lecteurs est considérable, et chaque chapitre rend la lecture de plus en plus oppressante : quelles ont été vos influences ?
Mon influence est plutôt américaine dans la structure d’écriture et la trame du suspense. Dans mon travail, je ne laisse aucun répit pour le lecteur. L’imaginaire fiévreux est très développé dans mes romans, il constitue 80% du travail fini. Écrire, ce n’est ni un luxe ni un don, c’est avant tout une sensibilité assumée et énormément de travail, de recherches, de constructions, auxquels s’ajoute une autre activité professionnelle  pour gagner ma vie ! Je suis fan de Dan Simmons. Il est, pour moi, l’écrivain majeur de ce siècle. Son travail est impressionnant, ses histoires des défis permanents. J’aime aussi beaucoup Poppy Z. Brite, Keith Ablow, Toni Morrison, Stephen King, Clive Barker… et bien d’autres encore ! En France, il n’y a que Jean-Christophe Grangé qui me touche vraiment. Bien que ses fins de roman soient inégales, j’aime son travail. En France, on ne prête qu’aux auteurs connus. La crise n’épargne pas l’édition, donc cette dernière se rabat davantage sur les auteurs qui vendent, c’est tout à fait normal. Si vous n’êtes pas connu, vous n’êtes pas considéré comme un écrivain, et encore moins comme quelqu’un pour qui une maison va prendre un risque éditorial en cette période difficile. Mon impératif le plus important est mon exigence. Si la lecture de mon roman « Les Cicatrices » est oppressante, c’est que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour qu’il en soit ainsi. Je voulais une histoire à l’ambiance unique, humaine, qu’on n’oublie pas « comme ça », qui touche, qui dérange et qui nous pousse dans nos retranchements. Les lecteurs me confirment que j’y ai réussi. C’est un très beau cadeau. Merci à vous !
Est-ce votre premier livre ? Penchez-vous pour une suite ?
« Les Cicatrices » est mon premier roman fini. Il constitue aussi le premier d’une trilogie. Je viens de terminer « Plasma », la suite directe du roman « Les Cicatrices ». On y retrouve certains personnages, mais on évolue aussi avec des nouveaux. « Plasma » a été plus dur encore à écrire, car c’est un roman « pivot ». Il apporte les réponses restées en suspens dans le premier opus et, en ce sens, « Plasma » termine « Les Cicatrices », mais il raconte aussi une histoire unique, terrifiante, à la lisière du thriller fantastique. La fin de « Plasma » est totalement inédite, elle ouvre les portes pour le troisième volet « Impulsions » que je suis actuellement en train de rédiger. Je travaille également sur un autre projet, à venir après « La Trilogie des Pulsions© ».
Comment avez-vous appréhendé l’écriture de ce thriller, où chaque chapitre est l’occasion de donner la parole aux différents acteurs de ce scénario ?
Je voulais créer l’empathie chez le lecteur, en même temps qu’un film visuel 16/9ème (rire). C’est très dur de travailler un chapitre en le scénarisant, tout en poussant le lecteur à se mettre dans la peau d’un personnage, et de garder la trame du suspense intact parmi les détails semés par une mise en scène « éclatée ». Parfois le lecteur se trouve à la place d’une femme, d’un homme, d’un monstre sexuel, ou d’une victime… Le lecteur est le témoin unique d’une histoire aux angles schizophréniques. Toute la Trilogie est écrite en ce sens, au « je ». La lecture est le ressenti de chacun des personnages. C’est un défi, il me stimule et m’oblige à réajuster mes réflexions, mes propres limites et mon savoir. Je connais beaucoup de spécialistes dans divers domaines psychiques et autres. Je leur confie mes épreuves pour, en retour, savoir si je ne suis pas « tombé » à côté de ce que je voulais dire! Je crois aussi que c’est assez agréable de changer de peau en lisant un roman, de connaître de nombreuses sensations appartenant à des personnages différents. Au bout d’un moment, le lecteur se dit : « Mince, ils ont tous des trucs pas clairs ! (Le sommes-nous tous et toutes ?) Les scènes sont bien là … mais… Qui est réellement dingue parmi eux ? »  Et une fois que le lecteur sait, il remarque qu’il lui reste 80 pages encore à lire, et là il se dit : « Ok, je ne suis pas arrivé au bout de mes peines ! » Et selon moi, il a tout à fait raison ! (Rires.)
Comment avez vous fait la découverte de TheBookEdition ? Que pensez-vous de l'autoédition ?
Il est une phrase que j’aime énormément : « Vivre, c’est apprendre à décevoir les autres ». Si vous voulez avancer dans la vôtre, vous devez décevoir certaines personnes de votre entourage, et en ce sens, les aider à accuser le coup. Beaucoup de mes amis et lecteurs sont déçus de ne pas me voir « encore » à la Fnac . J’ai eu des contacts avec des maisons d’éditions et j’ai envoyé des manuscrits. Une maison d’édition très connue m’a dit que « Tout est vraiment bien écrit, mais que les raisons de la violence ne sont pas expliquées à la fin du roman. » Non, évidemment puisque c’est une trilogie et que tout est dit sur trois romans. Bref, ils n’ont rien voulu savoir d’autre… Et puis il y a les « On vous rappelle ! » des uns, les « On veut tout, tout de suite » des autres… ! Je suis conscient que mon travail peut déranger aussi bien que fasciner. La crise est à prendre en compte aussi. Mais, dans l’édition, on accepte plus facilement la violence quand elle vient des USA. Quand elle arrive de Paris, évoquée par un écrivain français parfaitement inconnu, c’est une autre histoire. Non, je ne suis pas avocat, ni policier, ni procureur, ni psychiatre, et comme Jac Barron, dans le milieu littéraire c’est avant tout un personnage du roman de Norman Spirad « Jack Barron et l’éternité », on croit que je n’existe pas vraiment ou que je suis une sorte d’amateur, alors que j’existe bel et bien et que mon travail est tout sauf de l’amateurisme. Mais comme cette violence se passe à Paris, ça broie la distance qu’un lecteur peut avoir avec une histoire qui se déroule à New York. De plus, je parle de pulsions humaines, de sujets sensibles, de cultures différentes, de sexualités et des différentes façons d’aimer ou de haïr quelqu’un. Je parle aussi de la foi sous un angle particulier, ce qui ne plait pas forcément non plus ! Alors, en attendant que les choses se mettent en place, j’ai décidé de faire lire mon travail. Car, en fin de compte, qui fait un éditeur et un écrivain ? Le lecteur !! Sans lui, les deux autres structures ne peuvent tout simplement pas exister ! TheBookEdition est arrivé à point, si j’ose dire, entre ma réflexion et mon besoin de critiques. Entre temps, j’ai rencontré Carinne Castet, dite « K.Station », maquettiste et graphiste aux talents hallucinants. Elle réalise les couvertures de mes romans en haute définition, car là aussi l’autoédition permet d’être plus créatif. Les premiers lecteurs du site ont eu droit à une couverture représentant des racines, que j’aimais bien. Mais les maquettes de Carinne créent un lien esthétique évident entre les trois romans : son travail est extra. Toutefois, si j’ai l’occasion de revoir ces « romans racines », ça me touchera vraiment. J’espère les dédicacer un jour. J’aimerais bien en rencontrer les lecteurs. Je suis fier d’avoir proposé mon travail sur le site TBE. Bon d’accord, il manque le pelliculage de la couverture et les codes barres ISBN (y avez-vous pensé ?), mais c’est un site agréable et idéal pour se faire connaître ainsi que pour avoir un retour des lecteurs. En attendant mon site personnel (un site en construction, très beau, fait par mon ami Max Garbarini), je trouve que l’autoédition est bien souvent la seule façon de décevoir légèrement son entourage mais aussi de découvrir des lecteurs, de véritables talents nouveaux et, aussi peut-être, permettre la rencontre avec une maison d’édition plus classique, qui osera prendre un risque avec un auteur qui s’est fait connaître des lecteurs (plus si inconnu que ça, le débutant) via ce système d’autoédition. C’est toujours moins hasardeux et moins coûteux que d’envoyer des manuscrits qui ne seront sans doute jamais lus… ou pire encore : dont on n’aura pas compris qu’il s’agissait d’une trilogie (premier mot écrit en gros quand même sur la couverture !) Ce n’est pas parce qu’une maison d’édition n’ose pas vous publier que vous devez priver les lecteurs de votre travail ! C’est ça qui est génial aujourd’hui ! Cette vérité prend un sens intéressant et totalement productif. C’est toujours plus bénéfique pour le lecteur et son auteur. Inversement, pour ceux et celles qui veulent être écrivains sans passer par la case « travail et critiques », le site de l’autoédition est là aussi pour les aider. La confrontation avec les résultats des « non ventes » et les « non critiques » sont des indices, quoi qu’on en dise ou pense, c’est une réalité qu’il faut prendre en compte pour la travailler en conséquence et réajuster son désir d’écrire et d’être lu. Les deux, assumés pleinement, permettent largement de rééquilibrer les déceptions.